mercredi 14 septembre 2011

Positionnement photographique (suite)

Cet article est une annexe à la rubrique Photographie (fluosaure.com)



2011 : Les téléphones prennent et retouchent des photos, les diffusent en masse sur les réseaux sociaux. L'avénement des technologies numériques rend accessible du matériel professionnel au grand public. Comment dans ces conditions ne pas être tenté de se prendre pour un photographe, métier qui par ailleurs ne nécessite pas d'un point de vue légal, de diplôme pour être excercé ?

Cette conjoncture met en péril grave l'équilibre de l'activité dans la forme qu'on lui connaissait jusqu'alors.

Trop de photographie tue la photographie, plus on la diffuse, plus on la partage, plus on émousse l'intérêt, l'attention qu'on sollicite. L'oscillation entre états extrêmes ou simplement opposés (avidité/aversion(indigestion) pour les images) complique grandement la tâche et force le photographe à ne jamais perdre de l'esprit cette question essentielle : Que peut on encore montrer en 2011 ?

Cette question était d'ailleurs soulevée différemment par tous les professeurs d'histoire de l'Art qui ont habité ma vie d'étudiant. J'étais systématiquement choqué par leur approche que je qualifiais à la hâte de "nihiliste" : "Ne croyez-pas que vous allez apporter quelconque nouveauté, depuis que Duchamp à exposé un urinoir dans un musée, la boucle a été bouclée, tout a été dit, tout a été fait" disaient-ils. Beaucoup cherchent encore (ou font semblant de chercher) des espaces inexplorés, des angles inexploités, des approches inédites et des mystères à percer.

Pour ma part, je suis convaincu que je ne saurai que plus tard quelle contribution "utile" j'ai éventuellement apporté. La maturation ou maturité d'une démarche artistique s'affine avec le recul qui s'acquiert par la pratique incessante, la validation de l'essentiel et l'élimination drastique, impitoyable du superflu et du déjà vu; je reviens au sujet initial : la sélection d'images, ce qui définit l'identité artistique, conceptuelle d'un photographe.

A l'heure du clic compulsif vers l'image suivante, en quête d'une espèce de révélation ou d'orgasme visuel toujours plus difficile à atteindre, il me semble plus judicieux de ne montrer que les 5 à 10 meilleures images traitant d'un thème qu'un accès à une galerie de 100 à 200 images à peine triées. Galerie qu'on ferme de toutes façon au bout de trois pages parce qu'on n'a plus envie de chercher au delà, quelque chose qu'on est persuadé de ne pas trouver.

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